Nous avons tout d'abord passé 2 jours au bord du lac Atitlan, un lac magnifique à 1550 mètres d'altitude, entouré d'une chaîne de majestueux volcans , qui s'est crée il y a 85 0000 ans à la suite d'éruptions gigantesques. Le spectacle est grandiose même si ce coin est devenu très touristique. Depuis Panajachel, le village le plus important, nous sommes allés en bateau voir les autres villages situés autour du lac, nous sommes même tombés en panne au milieu du lac, le vent s'était levé et il y avait pas mal de vagues, mais rien de bien méchant, nous avons sauté dans un autre bateau. Les vendeurs de souvenirs sont bien là à toutes les arrivées de bateau, mais il reste le charme des habitants, des Cakchiquels et des Tzutuhils qui ont gardé leur mode de vie traditionnelle basé sur la culture du maïs et du café, chaque village a son costume, des étoffes somptueuses au motifs très élaborés essentiellement pour les femmes mais quelques anciens ont un drôle de costume avec un lainage noué comme une jupe autour de la taille. Notre préférence va au village de San Juan, grignoté par les eaux depuis le cyclone de 2010 et encore un peu à l'écart des touristes, les gens sont gentils, nonchalants, tous les murs sont décorés de peintures naïves, ils ont crée des associations autour du tissage et de la peinture. Nous avons peu de photos de visages car pour ces peuples, prendre une photo, c'est prendre un peu de leur âme.
Il était bien sûr impensable de venir dans le coin sans aller au marché de Chichicastenango, un jeudi ou un dimanche. Nous sommes chez les Quichés, l'ethnie la plus importante de l'Altiplano et il s'y déroule le marché indien le plus important du Guatemala, 2000 échoppes et des centaines de Mayas venant des villages des environs, avec tout l'artisanat du pays et même s'il a perdu un peu de son authenticité cela vaut la peine d'y faire ses achats, de prendre un bain de foule et de s'installer à un balcon et admirer les corsages brodés des femmes, leurs jupons rayés, observer la vente de bananes enrobées de chocolat en même temps que des ustensiles de toutes sortes. A part le marché, il faut aller voir l'église, construite sur un ancien lieu de culte Maya, qui mélange allègrement, comme celle de Santiago Atitlan atour du lac du même nom, les croyances catholiques et mayas. Sur les marches de l'église les prêtres Mayas officient, ils récitent des litanies anciennes en agitant des encensoirs de copal, l'encens traditionnel des Mayas, dans l'église même, il y a 7 autels de pierre rectangulaire avec des chandelles allumées, des pétales de fleurs arrosées à l'eau de vie. Les prières s'adressent, à voix haute voir chantée ou criée, aussi bien aux saints, à Jésus qu'aux dieux de la terre, du maïs. L'église Catholique accepte relativement bien ces manifestations, ce n'est pas le cas des diverses églises reformées qui foisonnent dans le pays. Il faut voir dans tous les villages du Guatémala les messes qui rassemblent les gens du village avec orchestres, chants rythmés et qui durent des heures, le nom de Dieu est associé à tout. C'est vraiment étonnant.
Dans cette région nous avons rencontré des gens passionnants, peu de locaux , des touristes donc, une Française travaillant aux Nations Unies, elle connaît le monde entier et les endroits particulièrement sensibles, après 10 ans en Asie, elle vient d'arriver dans cette partie du monde, elle est basée à Haïti; une Danoise de notre âge qui a appris le Français en tant que jeune fille au pair à Bordeaux et qui connaît la France aussi bien que nous; un couple Italo-Egyptien, journaliste et économiste à New York, nous y sommes invité; des jeunes filles Françaises travaillant dans une école Française à San Francico. Ces rencontres sont très riches mais ils nous manquent les contacts avec les populations Indigènes.
Nous décidons donc de sortir des chemins touristiques, nous partons à la rencontre des Ixil à Nébaj dans une superbe région montagneuse, cette région a été très touchée par la répression de 1980 , des villages ont été entièrement décimés par l'armée, le gouvernement et les grands propriétaires terriens qui voulaient récupérer les terres défrichées par les Indigènes, tous des Mayas analphabètes et parlant des idiomes différents , particulièrement pauvres et traités comme des parias, ces derniers s'étant rassemblés et révoltés. Ce sujet est encore très sensible dans la région, des ONG travaillent à Nébaj pour améliorer les conditions de vie de ces populations encore analphabètes à 80% qui défrichent la montagne en famille à la pioche et à la machette .
Là, nous avons eu l'impression de connaître un peu mieux les Guatémaltèques, les Indigènes représentant 60% de la population du Guatemala, nous sommes allés à leur rencontre lors d'un trek d'une journée, nous avons mangé comme eux, dans une de leurs maisons, sol en terre battue, cuisine au feu de bois à même le sol, les animaux dans la maison, on est loin du Guatemala touristique. Les communications sont facilitées avec les femmes, celles qui parlent un peu Espagnol mais il faut que Marie Hélène soit là. Une journée très riche mais un peu fatigante, le soleil tape dur et les grimpettes sont longues. Notre guide est un peu taciturne, il a 66 ans et pas un cheveu blanc.
Nous décidons de poursuivre la découverte de ce Guatemala en allant à Todos Santos, pour y arriver, c'est un peu le parcours du combattant, les trajets dans les bus avec des bébés sur les genoux ou debout, ça va pour les petits mais Fabrice doit se plier en deux, les poules sur le toit, les pannes de bus et pour couronner le tout Marie Hélène malade. Nous arrivons au village par une route de toute beauté dans la sierra de Los Cuchumatanes. Un havre de paix où tous les hommes, jeunes et vieux sont habillés avec un pantalon rouge à rayures, des chemises brodées et des chapeaux de paille, nous sommes chez les Mams à 2400 mètres d'altitude et quand le soleil est couché, il fait froid, il nous faut bien 3 couvertures. Nous mangeons dans la cuisine de la famille qui nous héberge, c'est sympathique et ouvert.
Le lendemain Fabrice part faire une grande course (8heures), dans la sierra à plus de 3000m avec vue sur les volcans d'Antigua, de Panajachel et du Mexique, Marie Hélène se repose et profite de ce village irréel.
Le message est long car il n'y a pas d'internet pour faire des envois. Nous pensons à vous, vous nous accompagnez pendant tout notre voyage et nous voulons tout vous faire partager. Nous vous envoyons ce message du Mexique où nous venons d'arriver.
PS: Bon anniversaire Arnaud